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Au sortir de l’hiver et de ses patinoires, j’ai le désir de vous livrer mes impressions quant au sort réservé sur la voie publique aux piétons d’un âge certain.

Quelques articles ont été écrits dernièrement sur le sujet et c’est nouveau comme réflexion sur la place publique. Par exemple, le temps trop court alloué aux signaux (blancs) de traverse aux intersections achalandées et interminables. Combien de tits vieux et de tites vieilles seront frappés en attendant des aménagements responsables? Bonne question.

Devenue piétonne par la force des choses depuis une dizaine d’années et toujours plus ou moins allègrement sur mes deux jambes, je me sens en mesure d’exprimer mes sentiments profonds en ce qui a trait à l’attitude des automobilistes à l’égard des piétons, brave sinon téméraire confrérie à laquelle j’appartiens désormais. J’ai la nette et douloureuse impression que la grande majorité des fiers propriétaires de véhicules, toutes catégories confondues, portent des lunettes à double foyer d’un genre spécial quand ils sont au volant : une partie qui voit la route mais une autre qui occulte tout ce qui peut freiner leur fuite en avant, pressés qu’ils sont de vaquer à leurs incessantes occupations.

Quant à moi, je me sens plus souvent qu’autrement au centre d’une corrida à l’issue possiblement fatale et je songe de plus en plus sérieusement à me munir d’une cape de torero rouge vif rutilante que je ferais ondoyer énergiquement afin qu’on remarque sinon respecte mon humble existence.

Mais, il existe de plus en plus une catégorie de conducteurs qui prennent le temps de…prendre le temps ! Avec un gentil signe de la main (parfois impatient, mais je passe), ils permettent à la respectable (selon moi) ou défavorisée (selon d’autres) personne de se rendre sans ambages d’un point à un autre…

Je dis merci aux automobilistes gentils!

Les règlements municipaux m’interdisent de traverser les rues en diagonale mais c’est ce que j’ai toujours cru bon de faire pour sauver ma précieuse (à mon avis) peau. Je peux ainsi voir et entendre de tous côtés les bêtes de métal rugissant à qui mieux mieux en gardant une prudente distance.

Une autre chose est assez remarquable dans les rues de ma ville d’adoption : le brave piéton traverse à l’intersection, en ayant vérifié deux fois plutôt qu’une qu’il y ait bien un ARRÊT visible pour les bêtes motorisées et il s’engage prudemment… Un véhicule s’approche et le conducteur s’aperçoit que quelque chose (à la lisière des doubles foyers) tente de lui barrer le chemin… Alors, il fait un semblant d’arrêt et accélère pour couper la trajectoire bien légitime du piéton. Et s’il arrose le malheureux quidam copieusement car la rue est souvent pleine d’eau aux intersections quand il a plu ou neigé et fondu, j’imagine qu’il considère cela comme un droit acquis.

Je peux sembler sévère envers mes concitoyens motorisés, mais c’est de ma courageuse destinée dont il est question.

Je dis merci aux automobilistes gentils!

Alors, en hiver, comment passer au travers de mes déplacements avec bonne humeur en allant faire mes achats? En observant d’un regard consterné la façon dont les conducteurs de machines, dans leur course effrénée contre la montre, ne s’arrêtent qu’à l’ultime moment devant un obstacle (piéton) en réalisant enfin qu’il s’agit d’un être humain, l’idée sinistre que je puisse glisser et tomber ou que les bêtes motorisées ne puissent freiner leur élan aveugle sur une chaussée glacée me fait craindre encore plus la grande vieillesse qui se pointe dans mon horizon de vie, limitant tristement ma vitesse à celle de l’escargot. (Je dois souligner ici que je respecte intensément les escargots). Sans oublier la possibilité (affreuse), mais vécue, qu’une voiture s’engage trop rapidement dans un virage glacé et se mette à zigzaguer en prenant une vilaine et angoissante tangente vers mon petit moi et mette fin à mes rêves d’une retraite bien méritée.  Alors, comme je tiens à la vie qui me reste encore à vivre, avec tous mes vieux morceaux à la bonne place, je vais probablement continuer à traverser en diagonale même si on me l’interdit (chut!). Je ne parlerai même pas des bolides qui brûlent les feux rouges, chose relativement  fréquente, car c’est du connu. Je préfère nettement constater ces comportements de loin.

Je dis merci aux automobilistes gentils!

Donc, tout n’est pas qu’épines et certains cavaliers ont la courtoisie de freiner leur fringante monture afin de laisser gentiment traverser le piéton, ce que personnellement j’exécute le plus rapidement possible en profitant de ma chance et en me retenant de m’agenouiller devant le maître et sa bête en guise de remerciement : «Grand merci, ô Seigneur, de m’avoir laissé traverser cette rue qui en principe devrait nous appartenir à tous!». Quant aux passages en jaune, souvent invisibles durant l’hiver, ils me semblent plutôt être des passerelles entre la vie terrestre et l’au-delà… Pessimiste moi? Non, réaliste, tout en rêvant d’un monde meilleur, un brin civilisé et courtois.

En terminant, je dis encore merci aux gentils automobilistes. Je les adore!!!